Le chocolat en Espagne

CHARLES V, récemment couronné roi d’Espagne et plus nouvellement encore empereur du Saint-Empire romain, se prit de passion pour la nouvelle boisson. Dans les maisons des nobles espagnols, on se mit à mélanger le chocolat avec miel, épices ou vanille afin d’affiner son goût et de lui enlever toute amertume : autant de concoctions coûteuses à base de produits rares d’importation. Quelle que fût la recette, la boisson, assez épaisse, était servie froide et mousseuse, grâce au fameux fouet aztèque (qu’on appelle aujourd’hui moulinet).

Au cours du XVIeme siècle, le chocolat prit une forme plus liquide, servie chaude. Cette boisson était présentée dans un pot fort semblable à celui utilisé pour l’autre boisson exotique, le café — alors en vogue à l’époque, mais dont le couvercle était percé pour introduire le fameux moulinet.
Les tasses à chocolat étaient nettement plus hautes que les tasses à café.

Les monastères affinèrent encore la préparation du chocolat et se spécialisèrent dans la confection des petites tablettes. De grandes quantités de fèves brutes furent importées du Mexique, des Antilles britanniques et de la côte africaine. Les plantations de cacao couvrirent les territoires de l’Empire espagnol, qui s’étendait du Venezuela jusqu’aux Philippines et, pendant un siècle, le cacao resta l’apanage florissant de l’Espagne.

Les rumeurs nées du nouvel engouement pour le chocolat se répandirent à travers les pays européens qui cherchaient à tout prix à se procurer le divin produit. On en faisait des demandes extravagantes. Comme tous les phénomènes de mode, cette boisson était réputée guérir tous les maux et donner des forces insoupçonnées.